À l’école, le savoir permet l’émancipation
par Jean Romain

 

L’excellente collection « Corpus » des Editions Garnier-Flammarion vient de faire paraître un volume sur la laïcité. (« La laïcité », textes présentés par Henri Pena-Ruiz, GF No 3067, Paris, 2003).


Il s’agit là d’un livre nécessaire, tant il est vrai qu’une partie de l’avenir de nos sociétés se joue autour de la notion de laïcité, et ce d’autant que les religions et les sectes se disputent leurs fidèles sur la scène sociale et politique. Nous sommes arrivés à l’heure de pointe des dieux, et la réaffirmation de la distinction entre le domaine public et le domaine privé est plus que jamais importante. Cette anthologie classe les références textuelles selon un ordre thématique, et le dernier chapitre est entièrement consacré à l’école publique et laïque. On y trouve des réflexions de Condorcet, de Jaurès, de Jules Ferry ou de Catherine Kintzler.


Il est utile, alors que les opinions les plus esbrouffeuses sur l’école ont trouvé un écho jusque sur la table des ministres, de rappeler une chose d’apparence si simple : l’école publique doit se maintenir à l’écart des groupes de pression (religieux, mercantiles, idéologiques, etc.) qui perturbent le travail d’émancipation par la culture et par le savoir. Instruire, c’est disposer à l’universel, et pour cela, une distance momentanée avec les préoccupations quotidiennes est nécessaire. En ce sens, l’école n’est pas un lieu de vie.

 

Henri Pena-Ruiz rappelle dans son adroite préface :

 

« Le rôle même de l'école laïque, ouverte à tous, requiert une attention particulière de l'État à son égard. D'abord, une volonté politique de lui assurer la considération et le respect qui lui permette de remplir sa fonction et d'échapper aux différents groupes de pression qui, sous des prétextes divers, entendent supprimer « l'exception scolaire », c'est-à-dire le fait qu'un temps et un lieu soient dévolus à une ins-truction affranchie des limites de la situation ambiante. Il est important de redire sans cesse que l'école n'est pas un lieu quelconque où pourrait s'appliquer le même régime de liberté que dans la rue, entre adultes. Souvent mineurs, les élèves sont à l'école pour s'instruire et non pour agir en citoyens d'emblée formés. La préparation à la citoyenneté qui s'exercera à son heure ne peut présupposer comme acquis ce qu'il s'agit de faire advenir. Dès lors, sans considérer l'école comme un sanctuaire, il appartient aux politiques de lui assurer son autonomie par rapport aux différents milieux ambiants qui peuvent l'affecter, afin que l'instruction ne reflète pas les limites du quartier, voire les influences ou les pressions qui s'y exercent. »

 

Si on entend redonner son autorité à l’institution scolaire, il convient d’abord de renvoyer d’où elles viennent les théories fumeuses qui prétendent autre chose qu’en classe seul le savoir permet d’acquérir autonomie et jugement critique. Tout le reste, ou presque, n’est que poudre aux yeux, publicité néfaste, ou idéologie libertaire qui asservit les âmes.

 

Jean ROMAIN

Septembre 2003